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Miroir : Morgane Choiset.

Pour commencer, peux-tu te présenter ? Ton parcours ? Tes projets actuels ?

Hey, hey ! Je suis Morgane, j’ai 29 ans, je vis sur Amiens dans une étroite petite maison avec un micro jardin plein à craquer de biodiversité. Je suis native du béton de la banlieue parisienne, que j’ai fui avec joie et allégresse.

J’ai fait des études à la fois en Littérature Moderne et en Multimédia. Puis j’ai été webdesigner dans plusieurs boîtes avant de quitter le salariat pour me lancer dans l’entrepreneuriat. Au début comme webdesigner indépendante et puis portée par mes premières amours j’ai tout arrêté et j’ai lancé mon blog d’écriture.

Je pratique également de la reconstitution historique (14/15eme siècle) et du jeu de rôle grandeur nature - et je suis également passionnée d’informatique, de bricolage, de couture...

Aujourd’hui j’ai plusieurs projets, notamment la publication d’un récit autobiographique, de recueils de poésies adolescentes, … sans oublier le plus gros d’entre tous : ma boutique artisanale autour des problématiques du recyclage et du sans déchets, ouverture prévue pour fin avril [le projet a été lancé le 22 avril, ndlr] !

 

Spirituellement, comment te définis-tu ?

Jeune pousse qui prend racine dans la terre et les circuits imprimés, très touche-à-tout et furieusement curieuse. Furieusement car sacrément engagée sur plusieurs fronts. Et curieuse car difficilement contrôlable et parfois dangereuse.

Dans ma pratique, au début, j’ai eu du mal à choisir entre mon immodéré amour de la technologie et mon profond attachement du règne végétal. Alors je ne choisis pas, j’utilise les deux.

 

Tu as longtemps été active sur les réseaux comme relai autour du SOPK. Je sais aussi que cette aventure s'est terminée par un nouveau diagnostic. Peux-tu nous raconter ton parcours, ce que tu en as retiré ?

Pour contextualiser et ne perdre personne : le SOPK est l’acronyme du Syndrome des Ovaires Polykystiques (aussi appelé Syndrome de Stein Leventhal), c’est une maladie (oui il est temps qu’on arrête de dire que c’est un syndrome) avec de nombreux symptômes, comme une raréfaction des menstrues voire leur totale absence, acné persistante, pilosité anormalement abondante, obésité, trouble de la fertilité et des symptômes mentaux dont on parle peu : anxiété, dépression, développement de troubles du comportement alimentaire...

Aujourd’hui on ne sait pas ce qui le provoque et il n’existe pas de traitement pour en guérir.

Si tu le souhaites voici l’article où je développe un peu plus sur le sujet.

 

Alors tout a commencé quand j’avais 16 ans environ, je n’étais toujours pas réglé mais par contre ma pilosité s’était considérablement développée. Ma mère, ne comprenant pas trop, m’a emmené voir sa gynécologue. C’était en 2005/2006, le SOPK était encore moins connu qu’aujourd’hui - la gynéco ne comprends pas (elle était très vieille école) alors elle m’a mis sous traitement hormonal. Pendant un an j’ai suivi ce traitement qui m’a littéralement détruit la santé mentale - et ma libido. Juste après j’ai été sous pilule puis sous stérilet ; tous mes doutes comme mes poils, mon poids et mon absence de cycles ont été évincé d’un revers de main par tou.te.s les gynécos que j’ai rencontré sous couvert d’un “tant que vous ne voulez pas d’enfant c’est rien”. Ce n’est que lors d’une visite aux urgences gynécologiques presque six ans plus tard qu’on m’a diagnostiqué un SOPK.

Depuis ce moment-là, j’ai fouillé, j’ai cherché, j’ai lu. Comme personne ne voulait répondre à mes questions, j’ai décidé de chercher moi-même. En six ans j’ai accumulé pas mal de documentations sur le syndrome - mais pas que - j’ai commencé à m’intéresser à la gynécologie, à comment elle est abordé en France, comment sont traité.e.s les parturien.ne.s. J’ai appris douloureusement l’existence des violences gynécologiques et obstétricales.

Mon diagnostic m’a aussi permis d’ouvrir les yeux sur beaucoup de choses : le rapport qu’on entretient avec le corps (et notamment les poils), la place du sexe féminin dans notre société et surtout comment nous sommes soigné.e.s, le sexisme intériorisé également (pour avoir navigué sur de nombreux groupes de soutiens aux personnes SOPK, il est palpable et c’est extrêmement dur).

Il y a aussi quelque chose d’extraordinaire qui m’est arrivée. Pendant longtemps je me suis lamentée de ce diagnostic, et un jour j’ai compris qu’il était temps pour moi d’arrêter d’être contre cette idée mais d’avancer avec. D’accord, je suis une femme grosse et poilue, avec des menstrues quasi inexistantes. D’accord, je ne pourrais peut-être jamais avoir d’enfant, et mes émotions, mes sentiments sont carrément imprévisibles. Qu’est-ce que je peux faire avec ça ? Trouver de nouvelles manières d’être. Je ne suis définitivement pas une femme sur papier glacé, ni de celles dont on parle sur les réseaux sociaux. Je suis en dehors. Autant le revendiquer et en être fière.

Depuis cette prise de conscience, lors d’un examen de routine chez un médecin échographe, j’apprend qu’en fait c’était une erreur de diagnostic. Je ne suis pas malade et je ne l’ai jamais été. Comme le médecin le dira : j’ai été victime de la Société. A trop vouloir que je rentre dans un moule on a pensé de moi et de mon corps qu’il était forcément une anomalie. Je suis tout simplement différente. Ironique n’est-ce pas ?

 

Si ce n'est pas trop intime, as-tu envie de nous parler de ton rapport à ton cycle menstruel, depuis ce nouveau diagnostique ?

Mes menstrues c’est une histoire rocambolesque !

Depuis que ma tête (et de facto mon corps) sait que je ne suis pas une anomalie, mes menstrues sont revenues… tous les 52 jours en moyenne.

La plupart des gentes que je croise, et que j’entends, disent “ah non mais c’est pas normal, blabla, tu dois avoir un problème, blabla, tu as une maladie hormonale, blabla”.

Heureusement après six ans d’épluchage de documentations sur la gynécologie, on finit par en connaître un rayon. Et notamment sur le fait qu’aujourd’hui, la science connaît très peu de choses de l’impact réelle des hormones sur l’alchimie du corps (premièrement). Alors il (le corps) lui faut vraiment pas grand chose pour décider que ce mois-ci les menstrues arriveront à 35 jours et pas à 28.

 

Et deuxièmement la légende urbaine - car il s’agit bien de ça - selon laquelle un cycle menstruel DOIT faire 28 jours est tout bonnement erroné. Il manque toujours un indice à cette “vérité absolue” - il s’agit d’une moyenne. Une moyenne c’est le milieu de tout, du coup je suis okay avec mes 52 jours, c’est carrément mieux que mes cycles de 180 jours précédents !

Bon il n’y a pas que cela que j’ai découvert, il y a aussi le fameux SPM (Syndrome Pré-menstruel). Du coup juste avant mes menstrues, vraiment une semaine avant, j’ai tellement mal aux seins que j’ai envie de me les arracher avec les dents. Et je déteste tout le monde, surtout moi.

Je suis la première à me réjouir de la venue de mes menstrues car cela signifie que mes spleens de la semaine passée était simplement la chute de mes hormones dans mon corps et pas que je suis réellement lea pire des êtres humain.e.s.

Souvent j’ai le sentiment de vivre réellement maintenant ma puberté, et ça me fait sourire. Je me souviens de l’adolescente que j’étais, qui n’était pas très documentée. Alors être adolescente et savoir tout ce que je sais c’est très puissant !

Pour conclure, je dirai que maintenant je peux ENFIN utiliser mon sang menstruel pour mon jardinage et ça aussi c’est très puissant... [On peut aussi l'utiliser en magie, ndlr.]

 

Tu es médiéviste. Tu participes à des reconstitutions, et tu parles notamment d'hygiène. As-tu envie de nous partager et démonter quelques idées reçues à ce sujet ?

Premièrement, la plupart des films sur le Moyen Âge sont à côté de la plaque. En tout premier lieu, Les Visiteurs !

Les habitudes d’hygiènes - pour l’Europe de l’Ouest - était assez proche des nôtres. Je commence souvent mon atelier par cette remarque simple : “Vous sentez-vous à l’aise sans vous laver pendant trois ou quatre jours ? Non? Et bien pour elleux c’était exactement pareil !”

J’aime utiliser l’exemple de l’hygiène bucco-dentaire car elle est très représentative. Avoir des dents blanches et une haleine fraîche faisaient partie des critères de beauté. De fait on retrouve assez facilement de nombreuses recettes de dentifrices, de bain de bouche, de petites astuces pour sentir bon de la bouche. Celle que je préfère : croquer sous la dent une graine de cardamome, ça envahit la bouche très rapidement d’un voile de fraîcheur comme le ferait un chewing-gum.

Il faut savoir aussi qu’iels avaient une routine journalière du lavage de main, de pieds et de visage (globalement ce qui se voyait). Iels allaient aux étuves (les bains publics) en moyenne une fois par semaine pour laver tout le corps et les cheveux (là encore il s’agit d’une moyenne). Et quand on avait pas un sous pour les étuves, on pouvait aller à la rivière, ou puiser au puit. Et au contraire, quand on avait les moyens, avoir son propre baquet (ancêtre de notre baignoire) chez soi.

L’hygiène était très liée à la santé - contrairement à ce qu’on peut croire la peur de l’eau n’est arrivée qu’à la fin du 15ème siècle soit durant la Renaissance. Durant le Moyen Âge il pouvait être courant de laver jusqu’à six fois par jour un enfant pour le préserver des maladies.

Iels étaient incroyablement futé.e.s et ingénieux.ses, iels utilisaient les fleurs de saponaire comme savon car elle contient des molécules de saponine (la même que dans le savon). Iels avaient compris que la cendre de bois contenait de la soude et qu’en faisant macérer avec de l’eau on pouvait en faire une lessive !

Iels avaient des choses qu’on a encore aujourd’hui - le savon (de marseille, d’alep, et d’autres moins coûteux…), la pince à épiler, le cure-oreille et le cure-ongles...

Y’aurait tellement à dire sur l’hygiène au Moyen Âge, d’un point de vue minimalisme et herboristerie on a beaucoup de choses à apprendre de nos ancêtres du XIIIe et XIVe siècle !

 

Que peux-tu dire sur la place des femmes au Moyen-Âge ?

Il y a des choses au Moyen Âge qui n’étaient pas mal vues alors qu’aujourd’hui elles recevraient un torrent de remarques plus sexistes les unes que les autres. Par exemple dans l’organisation de l’Église, il n’était pas étonnant pour des abbesses d’avoir de hautes fonctions proche de celles des seigneurs féodaux. Régine Pernoud l’explique très bien dans son ouvrage “Pour en finir avec le Moyen Âge”.

“Si l’on veut se faire une idée exacte de la place tenue par la femme dans l'Église aux temps féodaux, il faut se demander ce qu’on dirait en notre XXe siècle de couvents d’hommes placés sous le magistère d’une femme. Un projet de ce genre aurait-il en notre temps la moindre chance d’aboutir? C’est pourtant ce qui fut réalisé avec plein de succès, et sans avoir provoqué le moindre scandale [...] Robert d’Arbrissel décida de fonder deux couvents, l’un d’hommes et l’autre de femmes [...] ce monastère double fut placé sous l’autorité, non d’un abbé, mais d’une abbesse [...] devait être veuve et ayant eu l’expérience du mariage. [...] la première abbesse, Pétronille de Chemillé, de cet ordre de Fontevrault avait 22 ans.”

Ce que je trouve extraordinaire aussi c’est que jusqu’au XIVe - où tout a commencé à s’effriter jusqu’à nos jours - les droits des femmes étaient acquis, il ne posaient pas question. Une femme pouvait-elle voter ? Pourquoi ne le pourrait-elle pas. Une femme peut-elle commercer ? Là aussi la question ne se posait pas. Une femme pouvait-elle porter les armes et se battre ? Oui.

D’ailleurs le mariage était pour beaucoup l’union de deux talents, de deux commerces, de deux familles… Il n’y avait pas un homme qui travaille et une femme qui s’occupe du foyer. Le boulanger fait du pain, la boulangère aussi. C’est autant le cas du métier que de l’éducation. Dans le droit féodal, l’éducation et la protection des enfants incombent à la cellule familiale étendue et pas seulement à la mère comme on peut encore le voir trop souvent aujourd’hui.

On peut utiliser plein d’autres exemples fournis par l’Histoire attestant de la dégradation de la place tenue par la femme entre les coutumes féodales et le triomphe d’une législation plutôt romaine, dont notre société est encore très imprégnée aujourd’hui…

Enfin tout n’était pas blanc comme neige. Ainsi il n’était pas rare dans la vie d’une femme du Moyen Âge d’avoir été battue et/ou violée…

Et même si tou.te.s pouvait faire la plupart des activités sans être inquiété.e.s par son sexe, la distinction entre les genres (par l’habit et la coiffe) étaient très importantes. Et ainsi l’un des crimes les plus graves de cette époque était de se travestir. Bien entendu qu’on pouvait être femme et chevalier, mais tout en portant la robe. L’exemple le plus célèbre étant celui de Jeanne d’Arc, dont l’un des chefs d’accusations était qu’elle portait un “habit d’homme”.

Et c’est là où je trouve que le Moyen Âge reste encore proche et en même temps lointain de notre société.

 

Et des sorcières et sorciers ?

Ah c’est le sujet de mon prochain atelier. Pour le moment j’ai pas des masses d’informations et j’ai du mal à faire le tri entre ce qui est fantasmé et ce qui est réel.

Ce que je peux dire c’est que contrairement à ce qu’on croit les sorcières et sorciers ont majoritairement été brûlé.e.s à la Renaissance, déjà.

Au Moyen Âge, il me semble qu’il y avait une très forte distinction entre la Magie et la Sorcellerie, en terme de réputation - je prend des pincettes parce qu’il y a pas mal de zones d’ombres dans mes recherches.

De fait, les ouvrages magiques qui nous sont parvenues jusqu’à aujourd’hui ont été écrits - en général - par des ecclésiastiques ; c’était un savoir, une science et une littérature. Mais on était pas jugé pour cela.

Je ne veux pas tomber dans l'écueil classique du : les sorcières étaient les guérisseuses, les sages-femmes, les doctoresses de nos villages. Je pense sincèrement qu’il y avait autre chose que ces métiers et savoirs, quelque chose de plus ésotérique, de plus brut et proche du divin. Mais pour le moment je n’ai pas trouvé les textes qui le valident ou non...

Ce qui est intéressant pour le Moyen Âge, en tous cas de ce que j’ai pu lire et comprendre, c’est qu’il y eu un mélange religieux entre le christianisme et les anciennes religions en place, plutôt païennes. Ce qui au sein de villes et villages a permis l'émergence d’un autre savoir et d’une médecine alternative.

Notamment qu’à priori il était plutôt de coutume de se rendre chez la sorcière dès qu’on ressentait un mal si on est paysan.ne.s. Alors que les dames et les seigneurs étaient plus disposé.e.s (parce qu’iels avaient les moyens) de s’offrir les services d’un chirurgien ; par ailleurs ce dernier était souvent plutôt un charlatan qu’autre chose.

Bref, il me manque beaucoup d’informations, alors si quelqu’un.e a des pistes de réflexions et des sources, je suis preneuse ;-)

 

Questions en vrac...

Tes trois outils magiques préférés ?

Mon ordinateur, la terre du jardin et la pulpe de mon index gauche.

 

Le livre que tu as lu et relu et relu ?

Il y en a deux très exactement que j’ai autant lu, l’un que l’autre c’est : “La Nuit des Temps” de René Barjavel et “Les Contes de la Rue Broca” de Pierre Gripari (et plus particulièrement le conte “La Fée du Robinet”).

 

Un mot pour la fin ?

Restez curieux.ses <3

 


suivre morgane


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